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  • Homélie pour la Divine liturgie du 22 janvier 2010

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    Epître du jour : Deuxième lettre de saint Pierre Apôtre - Chapitre 1/1-4

    Dieu nous a fait don des grandes richesses promises, et vous deviendrez participants de la nature divine

     

             Voilà le verset central que je voudrais commenter devant vous ce soir, un des textes les plus osés du Nouveau Testament.Nous ne sommes pas simplement enfants de Dieu par image, par manière de dire mais nous le sommes au point de participer à la nature divine. St Pierre ici complète profondément St Paul !

    C'est dans la lumière de la réflexion des premiers siècles chrétiens et des premiers Conciles, sur le Christ et sur la Trinité qu'a jailli la compréhension du mystère profond de l'homme désigné par cette expression devenue si commune : la personne humaine. Il s'agissait de rendre compte avec le plus de respect et de minutie possibles du mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme en une seule « réalité » qu'on allait appeler « personne ». Il s'agissait de rendre compte du fait inouï que le Fils de Dieu incréé avait assumé une nature humaine créé, en un seul « être » qu'il fallait inventer car le mot n'existait pas. Mais en même temps, en sens inverse, cette assomption de la nature humaine par la nature divine traçait un chemin de la nature humaine vers la nature divine pour chaque homme uni au consubstantiellement au Christ, ne faisant qu'un être avec Lui comme dit St Paul.

    Chaque être humain est une individualité : un être unique, sociologique, tourné vers son monde intérieur, la conscience de lui-même, qui passe par les âges de la vie et qui selon sa psychologie, s'approprie les qualités de sa nature.

    Cette individualité humaine doit être PERSONNIFIEE car cette individualité humaine naturelle est une personne possible, elle en a les capacités puisqu'elle est créée à l'image de Dieu. Mais cette individualité doit être faite personne. La personne ne s'ajoute pas à l'individualité naturelle ; la personne reprend cette individualité naturelle et assure son dépassement de l'humain seul vers l'autre (son semblable) et vers l'Autre (le Dieu transcendant) car comme le dit St Paul dans les Actes des Apôtres : « c'est en Dieu que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. »

                Ce dépassement, cette personnification se fait d'abord dans l'ouverture à l'autre humain, mais n'atteint toute sa plénitude que dans la rencontre avec Dieu et l'accueil de la pensée que Dieu a de lui. Comme dit St Maxime le Confesseur , le moi le plus intime de la personne est « une identité par grâce » même si cette grâce personnelle s'appuie sur l'individualité humaine de chacun.  L'accomplissement de la personne humaine se fait dans la rencontre avec Dieu, plus même, comme dit St Pierre « dans la participation à la nature divine. »

                Cet accomplissement qui est cette participation à la nature divine, se fait dans le CHRIST. La personne est à l'image du Christ et dans le siècle futur, elle s'accomplira parfaitement comme dit St Jean « car le voyant tel qu'il est nous lui serons semblables» Notre vie est donc l'histoire de ce passage, par dépassement de grâce, de l'être naturel à l'être personnel, c'est-à-dire à l'être christique par le re-modèlement complet de notre individualité naturelle en Christ. C'est ce que l'Orient appelle la structure théandrique - divino-humaine - de l'homme en Christ. St Basile exprime cela de façon concise et frappante : « l'homme est une créature qui reçut l'ordre de devenir dieu. » Ou St Maxime le Confesseur : « l'homme est appelé pour devenir une personne, à réunir par l'amour, la nature créée avec la nature divine par acquisition de la grâce. »

    En Christ donc la nature humaine est déifiée, tel est le mode personnel d'exister. Tel est le passage de l'homme ancien  à l'homme nouveau pour parler comme St Paul. C'est ce que la philosophie bien souvent pressent et explicite dans l'idée que l'homme se réalise en se dépassant. Gabriel Marcel le philosophe a donné une bonne définition : «exister pour la personne, c'est se faire mais en se dépassant. La devise de la personne, ce n'est pas sum, mais sursum»