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Billet spirituel

  • Jésus parlait en paraboles

    La parabole du semeur dans l'Hortus Deliciarum par Herrade de Landsberg (mont Saint Odile)

     

    St Matthieu 13/1… Le semeur

     

    Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?

    Telles est la question des apôtres… et sans doute, la nôtre !

    - Cette façon de faire est propre à Jésus. On en trouve quelques-unes dans l’Ancien Testament mais très peu. Dans les Evangiles, Jésus y recourt si mes comptes sont bons, 57 fois. On ne poursuivra pas cette façon de faire. On se contentera de rapporter les paraboles de Jésus.

    - Il y a au moins deux raisons à cette façon de faire :

    * Dans les paraboles Jésus parle de Dieu et de son Royaume. Pour parler de Dieu, les mots humains sont toujours trop petits, les concepts de penser encore plus. La poésie seule peut par sa manière de faire éclater les mots peut avancer pour faire entrer en communion avec le mystère divin sans l’abimer ! La Parabole fonctionne comme la poésie : partant d’un mot, d’une situation humaine, bien connue et expérimentée, elle l’ouvre et lui permet de suggérer, de faire éprouver en toute vérité ce qui est indicible.

    * l’autre raison est celle que Jésus donne aujourd’hui. La Parabole est une parole libre adressée librement à un auditeur qui est libre de l’écouter ou non. C’est le contraire d’une parole manipulatrice. « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Pour entrer dans une parabole, pour la comprendre, pour la laisser nous adapter au mystère qu’elle annonce, il faut le vouloir !

    Car comme dit Isaïe, « on peut regarder sans voir, écouter sans entendre quand on a le cœur alourdi par les biens matériels, les soucis matériels, l’attention aux choses inutiles et polluantes… Quand on ne veut pas se convertir. »

          Comme Moïse fait un détour pour voir le buisson ardent – c’était donc sur son chemin mais un peu à côté, Moïse n’a pas buté sur ce buisson, il a dû vouloir aller voir, l’homme qui entend une parabole doit vouloir comprendre, se risquer à comprendre. Comme les apôtres qui ont répondu à l’appel… et donc reçoivent les explications intimes du maître et sont initiés à l’usage des paraboles.

    C’est tout le contraire de l’usage de la parole aujourd’hui.

            C’est le contraire de la parole manipulatrice qui sévit partout aujourd’hui : dans la publicité toujours mensongère et manipulatrice à l’insu même des auditeurs ! … dans l’information télévisuelle et sur les soit disant réseaux sociaux, mode immense de manipulation… savante dans la presse (on l’a vu aux dernières élections) et naïve mais efficace sur les réseaux et els rumeurs. C’est « les coups de com » permanents qui tiennent lieu d’action. C’est une parole avec toujours aune arrière-pensée, celle de faire des esclaves.

              Jésus n’a pas d’arrière-pensée. Sa pensée est pure, libre pour créer des êtres libres et non pas pour manipuler les disciples. La Parole de l’Eglise doit être ainsi, la Parole du disciple doit être de même. Gare à Elle si elle fait de la « com ». pour parler de sa foi !

     

  • Jésus et les tout petits

    Evangile selon St Matthieu 11/25-30          année A /14ème dimanche

                Ce texte d’aujourd’hui est doublement surprenant : c’est d’abord une des rares fois où nous connaissons le contenu de la prière de Jésus. C’est une action de grâce adressée au Père pour ce qu’il a caché sa révélation aux sages et aux savants et l’a réservée aux « tout petits ». Et c’est le deuxième motif surprenant : c’est une volonté délibérée du Père, c’est « sa bienveillance » qui le fait agir ainsi !

                Qui sont « les sages et les savants » désignés ici ? La fin du texte le suggère : en parant de « joug et de fardeau » Jésus désigne, avec des mots communs à l’époque, les commandements que les docteurs de la Loi ont tirés de la Parole de Dieu, l’ensemble des prescriptions juridiques qui s’imposent à chaque croyant, les 613 commandements à appliquer chaque jour pour être parfait devant Dieu, « quant à l‘application de la loi, devenu irréprochable » comme dit St Paul en parlant des mêmes choses ! Cet ensemble de préceptes forme comme un corset autour de la Loi, comme une barrière entre l’homme et Dieu ; il fait de la relation une affaire de donnant/donnant ; il fait de la relation à Dieu un système qui assigne à Dieu sa place et le montre comme le comptable des actions des hommes. Et bien Dieu se refuse à entrer dans un tel type de rapport ; il se cache à ceux qui savent ce que Dieu veut et comment on lui plaît !

                C’est toujours une tentation de tout sage ou de tout savant de « s’enfermer dans sa position ou dans son système. » Quand médecin Harvey, au 17ème siècle, découvre la circulation sanguine et en parle à l’académie de médecine de Londres, on lui rétorque : ce n’est pas possibles, Hippocrate ne l’a pas dit ! Même le grand Einstein, se montera réticent à admettre les nouvelle physique de Max Planck et sa théorie de la mécanique quantique ! Donc même en science !!

                Car derrière tout système, - scientifique ou religieux ou autre - il y a toujours des enjeux de pouvoir, d’habitude, d’argent, d’intérêt… seuls les tout-petits qui sont « comme Jésus doux et humble de cœur », sont libres pour accueillir librement le Dieu libre !

                Alors Dieu peut se montrer « aux tout petits » : c’est à dire dans le langage de l’Evangile de St Matthieu aux disciples de Jésus, à ceux qui se laissent surprendre par Dieu, qui se savent indignes et se présentent à Dieu tels qu’ils sont… Ils s’appellent Abraham et se mettent en route à l’appel de Dieu, Marie, les apôtres …chaque disciple jusqu’à aujourd’hui.

                Et alors, le Fils, qui connaît le Père, veut leur révéler qui il est vraiment ! Et il le leur fait connaître. Et le fardeau de l’Evangile est léger… Pourquoi ? parce que le Christ « fait entrer les disciples dans le monde de la grâce et les y établit » dit St Paul.[1] Ce fardeau déposé dans le cœur des disciples ne les atteint plus de l’extérieur mais la grâce en fait leur centre intérieur – leur trésor - et l’accomplit en eux et avec eux. C’est l’expérience de la « petite voie » de Ste Thérèse de Lisieux : Dieu me demande cela, je ne peux le faire tant je suis faible, alors le fera en moi.

     

    [1] Romains 5/1-2

  • Pentecôte

                L’oraison de ce dimanche de Pentecôte parle de la fête du jour comme «l’accomplissement de l’œuvre de Dieu. » Qu’est-ce à dire ? Réveillons nos mémoires pour nous souvenir de la grande introduction biblique des 11premiers chapitres de la Bible.

     

                * Tout commence par le récit de la Création de l’univers et de l’homme « à l’image et ressemblance de Dieu »« Et L’esprit de Dieu planait sur les eaux. »

                * L’Alliance que Dieu proposait à l’homme supposait le respect de la limite de la créature, symbolisée par le fruit interdit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La transgression d e l’homme et son refus de demeurer et grandir à sa place conduit à la mort, à la peur de Dieu quand « le Seigneur vient voir Adam dans le jardin à la brise du soir », la dureté du travail de la terre…         * Puis une propagation avec le meurtre d’Abel par Caïn, et en final, au chapitre 11, à Babel, la construction par les hommes d’une civilisation uniforme pour « se faire un nom face à Dieu ». Dieu force l’humanité à la différence et contre l’uniformité, a la dispersion.

                Enfin, apparaît le verset 1 du chapitre12 : « Dieu dit à Abraham… » C’est le commencement de l’ouvre de Dieu pour poursuivre son dessein éternel et permettre à l’homme de partager sa nature divine.

                La Pâque du Christ accomplit – achève et mène à sa perfection – le dessein du Père… par étape.

                * Devenu homme, Jésus a sanctifié toutes les étapes de la vie de l’homme. Et Jésus est l’homme fidèle à Dieu en tout, comme Adam aurait du être. Il résiste aux tentations et il n’y a pas le mal en lui.

                * Il descend dans la mort pour la vaincre, pour rouvrir le chemin vers le Père et la Vie.

                L’homme a de nouveau accès au Père. Et pendant 40 jours, les apôtres vivent dans la proximité du Christ Ressuscité eux « qui ont mangé et bu avec Lui après sa résurrection » comme dit Pierre.

                * L’Ascension signe l’effacement du Christ qui demeure présent auprès des siens, effacement qui permet à l’Esprit Saint de venir : cet Esprit est « la puissance grâce à laquelle le Seigneur exalté demeure présent au milieu de l‘histoire du monde comme principe d’une histoire nouvelle et d’une monde nouveau. »[1]

                * Alors la Pentecôte arrive : l’Esprit qui planait sur les eaux à la création tombe sur les apôtres pour renouveler la face de la terre et l’homme qui habite sur cette terre :

                           = Rénovation de « la création qui gémit dans les douleurs d’un enfantement du monde nouveau qui dure encore ».

                            = Rénovation de l’homme que décrit si bien le poème liturgique d’aujourd’hui :

      

    Sans ta puissance divine,
 il s’agit de la puissance créatrice et recréatrice de l’Esprit Saint

    il n’est rien en aucun homme,


    rien qui ne soit perverti.

     

    Lave ce qui est sordide,     le fond de vase qui au fon de notre cœur et qui remonte parfois

    
baigne ce qui est aride,
   notre amour si timide, nos paroles si dures….

    guéris ce qui est blessé.    Blessures que nous avons reçu et qui nous bloquent

     

    Assouplis ce qui est raide, nos raideurs morales, nos jugements des autres ou de nous-mêmes

    
réchauffe ce qui est froid,
 si peu de ferveur, un amour si froid

    rends droit ce qui est faussé. Que d’idées fausses en nous qui ne sont pas selon Dieu

     

                On le voit : l’accomplissement du dessein de Dieu, la venue du Royaume ne se fait pas d’un coup de baguette magique ! Mais avec nous, par nous, de cœur à cœur et dans le secret, comme la résurrection elle-même reste dans la groupe des disciples. L’accomplissement de l’ouvre de Dieu commence à Pentecôte dans le secret pour s’achever à la fin des temps dans la Gloire. Amen.

     

    [1] Ratzinger Foi chrétienne hier et aujourd’hui p. 238

  • Vendredi Saint

            Je voudrais expliquer la liturgie de ce Vendredi Saint que nous sommes en train de vivre.

            Plusieurs choses frappent : l’austérité du rite, l’absence de l’Eucharistie et seulement la communion, le caractère solennel, majestueux et peu doloriste de la célébration. Tout est déjà dans la victoire comme le déclarait la 1ère lecture en son premier verset : « mon serviteur réussira » !

            L’Eglise a réglé les rites en harmonie avec la figure du Christ de la Passion de St Jean lue depuis els origines le vendredi saint : un Christ majestueux qui s’applique le Nom de Dieu au jardin des Oliviers en répondant aux soldats « Je suis »… un Christ majestueux durant sa Passion et décidant du moment de sa mort pour « remettre l’Esprit ».

            Mais le centre du Vendredi Saint est l’adoration de la Croix. La vénération de la Croix à l’heure de la Passion – normalement cet office doit être célébré à 15H – c’est l’eucharistie du jour. Nous vivons l’événement en venant adorer la Croix. C’est pourquoi on parle bien « d’adoration de la Croix » dans la liturgie. C’était déjà comme cela au 4ème siècle quand la pèlerine Egérie était en Terre Sainte et participait aux offices de la Semaine Sainte à Jérusalem.

            Adorer la Croix, expliquons : l’acte liturgique que vous allez faire est une profession de foi dans ce renversement de la Croix où le Maudit qui y est suspendu, devient la source de bénédiction dans sa résurrection pour tous ceux qui se prosternent. Le vendredi saint, c’est déjà la Croix Glorieuse et victorieuse.

            Pourquoi ai-je dit le « Maudit » : c’est dans le Deutéronome[1]. Le texte saint déclare : « Lorsqu’un homme ayant commis une faute passible de mort a été condamné à mort et pendu à un arbre, on ne laissera pas son cadavre sur l’arbre durant la nuit. Tu devras le mettre au tombeau le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu. » Jésus en mourant sur la Croix prend sur lui la malédiction qui pèse sur les hommes. Mais sa résurrection renverse le sens de cette crucifixion et en fait une victoire définitive et une réconciliation pour les hommes.

            Notre adoration exprime cela, c’est une vraie profession de foi.

            Notre rite à sa source dans le rite païen de la vénération et la prosternation des soldats romains devant les effigies du général victorieux : les 1ers chrétiens ont repris cette action en l’appliquant au Christ, en s’inclinant devant la Croix – effigie du Christ victorieux. Et c’est le chant du Trisagion – dans 3 langues, grecque, latine et la nôtre - par lequel on adore le Dieu Trois fois Saint, qui accompagne la vénération.

            La Croix remplace l’action eucharistique dans les rites du dernier repas de Jésus. C’est le sacrifice pascal en direct si j’ose dire et nous communions pour nous y unir.

     

    [1] Dt 21/22-23

  • Les Rameaux

                      Le long récit de la Passion selon St Matthieu est traversé de la lumière de la Résurrection malgré le caractère sombre du récit.          

                      C’est Jésus qui le déclare : « car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » (Mat 26/31-32) Jésus cite le prophète Zacharie sur la mort du berger et la dispersion du troupeau mais il ajoute une annonce de sa Résurrection et donne rendez-vous aux apôtres en Galilée.

                      Peu avant, lors de l’institution de l’eucharistie, Jésus avait déclaré : «Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. » (Mat 26/27-29) La coupe est donc à la fois la coupe du Sang de l’Alliance versé sur la Croix mais aussi la coupe de la joie du Royaume inauguré, tant par la mort que par la résurrection du Sauveur.

                      Puis au moment de la mort de Jésus, Matthieu signale des faits et les amplifie en ayant recours à des images bien spécifiques et significatives : «  À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure… Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mat. 27/45-54) Ces images – terre tremblante, rochers fendus, morts ressuscitant, Jérusalem la Ville Sainte…- sont dans la littérature apocalyptique le signe que le vieux monde craque sous la poussée du monde nouveau, sous la poussée du Royaume. On retrouvera d’ailleurs des signes semblables lors de la venue de l’ange de la Résurrection au chapitre 28. La mort de Jésus et sa résurrection sont l’inauguration du monde nouveau, monde nouveau où nous sommes dans chaque eucharistie, chaque eucharistie où nous buvons le vin « nouveau » avec le Christ…  « Jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »… C’est un des sens de la communion au calice.

                      Enfin, on reparle de résurrection à la fin, quand les juifs demandent une garde pour que les disciples ne viennent pas enlever le corps : « Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : “Trois jours après, je ressusciterai.” Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : “Il est ressuscité d’entre les morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première. » (Mt 27/62-64)

  • Saint Joseph

    la Bible « réservoir de surprises. »

         Quand on fréquente régulièrement la Bible, quand on l’habite sous la douce conduite de l’Esprit Saint, on découvre avec étonnement et émerveillement que le texte saint est le texte de toutes les surprises et que Dieu qui donne la Loi si solennellement, est le premier à ne pas l’appliquer et à mettre ses disciples dans la contradiction ou le tracas « des lois contraires ».

         C’est l’aîné qui reçoit l’élection pour la transmettre… c’est pour cela que c’est Juda qui est choisi et non Ruben l’aîné, c’est Jacob qui porte la promesse à Abraham… il est le cadet, ce n’est pas Absalon qui règne mais … Salomon !

         Vous vous souvenez de l’importance capitale de la circoncision donnée à Abraham pour marquer l’appartenance au peuple élu. Eh bien ! Moïse n’a pas fait circoncire son fils ! C’est Cipporah son épouse – une madianite !!! étrangère, haro sur les mariages avec les étrangères dans le Deutéronome ! – C’est Cipporah qui le circoncit ![1]

         Et le mariage de Marie et de Joseph. Quand le mariage est célébré, les époux retournent chez leurs parents pour un an pour n’habiter ensemble qu’à la fin de ce délai.

         Et voilà Marie… enceinte – les relations conjugales étaient interdites pendant cette année – « avant qu’ils n’aient habité ensemble ». Erreur de calendrier de l’Esprit Saint ? Perplexité des deux époux, perplexité du mari qui « s’embelerlificote » entre les lois à appliquer.

         Dieu aime visiblement jouer avec les lois et les situations paradoxales, contradictoires… C’est ce qui a perdu les chefs d’Israël : ils avaient tellement formulé les lois selon lesquelles Dieu devait intervenir que lorsqu’Il s’est incarné, - ce n’était pas prévu - , ils ont refusé le fait, préférant « des réalités plus fidèles à la loi. »

         Le père Philippe Lefèbvre dans le livre qu’il consacre à Joseph en tire une loi capitale pour comprendre la Bible mais aussi pour comprendre ce qui nous arrive parfois dans notre vie de disciple :

         « Une situation contradictoire, paradoxale, est toujours féconde quand elle arrive chez ceux qui cherchent une vérité plus profonde et plus large ».

    Texte magnifique, près, règle de vie spirituelle.

    Avis magnifiquement illustrée par l’avis donné par l’Ange à Joseph :

    « C’est contradictoire mais prend chez toi ton épouse et prends soin de l’enfant en l’adoptant : tu lui donneras son Nom. »

        D’ailleurs un peu plus tard, il faudra partir rapidement en Egypte… où Dieu a interdit de retourner (Nb 14/2-4, Dt 17/16)… et pourtant il est écrit : « D’Egypte, j’ai rappelé mon fils » ! (Os. 11/1) en Mt 2/15.

     

    [1] Voir le livre de l’Exode

  • Quelques mots pour nous lancer dans le carême

    Nous commençons ce soir une longue période d’intense vie chrétienne : 90 jours !

    90 jours composés des 40 jours du Carême, des 40 jours du temps pascal avec le Ressuscité et 10 jours entre Ascension et Pentecôte dans l’attente du don renouvelé de l’Esprit Saint qui vient accomplir toutes choses !!

                Ces 90 jours sont les jours du mystère pascal aussi bien dans sa face de mort au péché que dans celle de Vie Nouvelle, toute orientée et façonnée par Dieu, sous l’inspiration bienfaisante de l’Esprit. Trois mois centraux de notre année chrétienne.

                Ce mystère pascal, c’est notre bien le plus précieux depuis notre baptême qui nous l’a fait vivre réellement sous le mode du sacrement. Depuis ce jour, toute notre vie est pascale. Toute notre vie est accueil du Seigneur Ressuscité Lumineux, Vivant, Splendide et plein d’amour à notre égard. Toute notre vie est façonnée par sa main, toute notre vie est Passage, sans cesse renouvelé, de la mort à la Vie, des ténèbres à la Lumière, de l’amour de nous-mêmes à l’amour de Dieu. Alors pourquoi ce carême ?

                C’est que vous le savez bien, le temps, le tumulte de la vie, l’insouciance et l’indifférence de cœurs qui n’aiment pas assez, … tout cela fait que nous perdons de vue ce Bien précieux entre tous, nous nous y habituons ou ce qui serait pire, nous nous soustrayons à son action en nous.

                Le carême est d’abord le temps du souvenir joyeux de l‘amour pascal que Dieu nous porte. Commençons ce Carême dans l’action de grâce pour notre baptême, « pour avoir été arrachés au mal, aux ténèbres et à la mort, pour être plantés dans le royaume lumineux du Christ. » Le carême, c’est le temps de la gratitude : laissons-la monter du fond de notre cœur vers Dieu, laissons cette gratitude envahir notre âme pour que tout ce que nous entreprendrons comme effort de sainteté soit dans ce climat de joyeuse gratitude pour Dieu qui nous a tant aimés, le premier.

                Le Carême est aussi le temps de l’espérance réaffirmée : nous ne pouvons pas grand-chose pour nous faire être un peu mieux ! Notre médiocrité nous accable parfois au-delà de toute mesure : mais le carême nous fait nous tourner avec une confiance accrue vers le Seigneur Victorieux du mal, toujours, ce Seigneur éblouissant de Vie et d’Amour que nous rencontrerons dans la prière, la communion ou la méditation des Ecritures qui sont les lettres d’affection qu’il nous a adressées depuis si longtemps !

                Dans ce climat de douce gratitude peuvent alors s’exercer les œuvres de conversion du carême. Ce sont celles que Jésus lui-même nous indique : une prière intime avec lui, plus longue et plus donnée de notre part. Un jeûne de ce qui nous encombre (nourriture, objets,) de ce qui nous rend esclaves (passivité devant la télévision, abus du portable et abus d’Internet), un jeûne pour briser nos chaînes secrètes, en un mot un jeûne pour aller avec plus de fraîcheur et de jeunesse enthousiaste à la rencontre du Christ. Enfin, partage, générosité renouvelée, limite imposée à notre égoïsme ou à notre instinct de possession.

                Le résultat, au bout de 40 jours ? Un chrétien renouvelé, rajeuni, heureux de croire, enthousiaste de vivre avec le Christ et de chanter avec lui les louanges du Père. Cette transformation manifestera pleinement que dans le Carême, c’est la force de Pâques qui agit et que le but de ces jours est de devenir davantage vivants de la Vie nouvelle qui jaillit sans cesse du Christ.

                Commencez votre chemin pascal ce soir. Allons ! Tout de suite ne marche, c’est le sens des cendres que vous venez chercher maintenant auprès du Christ.

     

                Bon et saint carême à tous.

     

    Père Jacques Bombardier curé.

  • Les Béatitudes

    Ce texte extraordinaire qui ouvre l’enseignement de Jésus n’est pas simple que cela à comprendre. Dans la catéchèse des enfants, par exemple, c’est difficile de les faire entrer dans la pensée de Jésus.

    Je vous propose quelques pistes pour « entrer » dans cet enseignement, - elles ne sont pas exclusives les unes des autres - pour mieux le comprendre et surtout pour mieux en vivre en l’appliquant.

    Notons déjà la solennité de l’introduction de St Matthieu : Jésus monte dans la montagne, les foules le suivent, Jésus s’assoit, les disciples aussi et il commence à parler.

         1ère entrée : « Les pauvres de cœur »… dans la version syrienne de l’Evangile, il est donné : « Heureux les pauvres dans l’Esprit (spiration/souffle) ». Le traducteur explicite : « dépouillés dans l’Esprit, emportés par l’Esprit dans le royaume des Cieux. »[1] La pauvreté du cœur est l’œuvre de l’Esprit Saint en nous ; certes nous devons collaborer mais l’acteur principal et efficace est l’Esprit Saint.

           2ème entrée : les pauvres de cœur, qui sont –ils ? Comme pour un ordinateur : cliquons sur « pauvres de cœur ». Aussitôt apparaissent les autres béatitudes : un pauvre de cœur, c’est un doux, un compatissant, un miséricordieux, un passionné de la justice en Dieu, autrement dit la sainteté - un artisan de paix, un homme qui accepte d’être persécuté pour défendre la justice, qui accepte de porter l’ignominie du Christ dans la persécution.

          3ème entrée : Ces Béatitudes sont en fait le portrait du Christ. Il est le pauvre qui n’a pas où reposer sa tête… sinon la croix, le compatissant à toutes les misères des hommes ses contemporains, parfois remué jusqu’aux entrailles devant le drame humain, doux dans sa passion, doux et humble de cœur, Saint, trois fois saint devant Dieu le Père et les hommes, miséricordieux pour tout homme repentant, artisan de paix intérieure, entre les païens et les juifs réunis en un seul peuple, persécuté et majestueux dans sa passion… Les Béatitudes sont d’abord le portrait de Jésus que l’on contemple… et que l’Esprit Saint va nous faire réaliser en nous, selon notre personnalité. Un chrétien, c’est un homme des Béatitudes. Alors le Royaume de Dieu lui sera ouvert, il sera consolé par Dieu lui-même, il sera Fils de Dieu dans le fils, il possédera la Terre Promise….

          Enfin 4ème entrée : Le mot qui revient le plus est « Heureux » ou « Réjouissez-vous ». La vie chrétienne, c’est d’abord un bonheur de vivre ! C’est un bonheur de vivre « juste » dans la condition humaine. C’est un bonheur de grandir, de s’élever dans l’humanité et la délicatesse du cœur, c’est un bonheur de savoir comment et où conduire sa vie… c’est un bonheur de savoir que seul Dieu comble le cœur de l’homme.

     

    [1] Patrick Calame Les évangiles dans le langue de Jésus. Ed. FX de Guibert p. 49