28ème dimanche A
Ainsi au travers de l’évangile de ce dimanche, nous voici, chers frères et sœurs, invités aux noces. Pas n’importe quelles noces, celles du Fils du Roi. Et pour honorer cette invitation, nous sommes incités à mettre notre vêtement de noce et à venir faire la fête à La demande du Père. En plus le banquet qui nous attend est loin d’être rebutant, tout au contraire, le Prophète Isaïe nous le dévoile : « Festin de viandes grasses et de vins capiteux, festin de viandes succulentes et de vins décantés » (Isaïe 25, 6), comme on n’en a jamais dégusté.
Bien entendu, Jésus-Christ est l'Epoux de cette noce, Lui qui est venu pour épouser son Eglise, la doter de son royaume, la faire entrer dans sa gloire ; Lui offrir, au travers de sa sainte parole, la nourriture pour les âmes et au travers de la sainte eucharistie le pain et le vin de la vie éternelle.
« Le repas est la science de la sainteté de Dieu », écrivait un auteur inconnu du 5ème siècle, « l’expression des mystères célestes de la venue future du Fils ; quand l'homme mange ces paroles, c'est-à-dire les entend, il acquiert la vie éternelle. La parole, par bien des caractères se rapproche d'un aliment si nous prenons le temps de l’entendre et de la méditer, de la ruminer dans la bouche de l'intelligence. Nous ne percevons pas la saveur de la nourriture tant que nous ne l'avons pas mâchée ; la parole que nous entendons, si nous ne l'avons pas mâchée en la travaillant en nous, nous ne pouvons pas en comprendre la portée. Toutes les fois que nous entendons un mot, il nous stimule à rechercher le nom même de la chose : « Qu'est-ce que nous entendons ? » » (« Opus imperfectum in Matthæum », XLI, 5).
Et, en plus du festin de la Parole, par son sacrifice unique sur la Croix, le Christ nous offre deux autres aliments merveilleux et uniques : sa chaire et son sang offerts à chacun de nous et auxquels nous allons communier durant cette messe. Pain Véritable, Pain de vie, Pain seul capable de nourrir nos humbles existences… Pain présence réelle au milieu de nos villes, Pain nourriture céleste qui vient habiter nos corps, les nourrir concrètement au point de nous faire porteur de Dieu au monde. Mais aussi précieux sang qui vient couler dans nos veines et nous faire vivre des dons de Dieu : « à la table de notre roi il n'y a que des aliments parfaits » (Origène : commentaire de l'évangile selon saint Matthieu, XVII 22).
Et en ce jour, si ceux qui étaient invités dans la parabole, et qui refusaient de venir, étaient les Juifs, nous sommes les invités et nous ne devons pas manquer le rendez-vous.
Oui, tout l’enjeux de ce jour est de savoir si nous allons accepter cette invitation… Car dans son infini respect de sa création, Dieu laisse libre chacun de nous d’accepter ou non son amour et sa part du Royaume. Avec une libéralité infinie, Dieu nous offre ce que nous devrions désirer et ce que nous n’avons jamais osé espérer. Libre à chacun d’accepter la lumière ou les ténèbres : Voilà toute la grandeur de Dieu qui nous laisse libres de nos engagements.
Ainsi cette parabole vient réveiller notre foi, nous secouer dans nos hésitations, nous mettre face aux choix de nos vies. Allons-nous, oui ou non nous mettre en tenue de fête pour avoir part au festin ?
Ce n’est pas si simple…
Cependant, même face à nos atermoiements, Dieu ne se décourage jamais et l’infini de son Amour nous est toujours offert. Dieu aime infiniment sa création, il aime infiniment chacun de nous. C’est pourquoi, après le dédain orgueilleux des riches il s'est tourné vers les païens ; il fait entrer bons et méchants, pour faire grandir les bons, pour améliorer les dispositions des méchants (...) Il invite pauvres, infirmes, aveugles, comme vous et moi. Il vient nous chercher aux débouchés des routes scabreuses de nos vies car « la Sagesse crie aux carrefours » (Proverbes, I 20) et nous invite à quitter les voies larges et faciles pour gravir le chemin étroit de la sainteté qui conduit à la vie.
Il nous invite ainsi à nous revêtir de notre vêtement de noce, signe de notre conversion, sans condition à l’Amour de Dieu, vêtement de l'homme nouveau que l’on acquière en obéissant à l'Evangile en même temps qu'à la Loi. Oui, ce vêtement est l’amour que nous devons porter au monde « J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, dit l'Apôtre, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante…. J'aurais beau être prophète, connaître tous les mystères et toute la science, et avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien » (I Corinthiens, XIII 1-2). Ce vêtement est aussi le vêtement blanc que porteront les justes au moment du jugement.
Hâtons, frères et sœurs de le revêtir !
Il y a quelques jours, la visite du Saint-Père a enthousiasmé les chrétiens qui ont participé à ce que nous pourrions appeler les fiançailles avec le Christ. La joie était présente dans les rues de France. Les catholiques étaient visibles et ont répondu présents. En quelque sorte, ils sont venus à la fête, ils ont pu soulever un petit pan du rideau qui nous sépare des noces éternelles, prémices de la joie qui nous attend auprès de Dieu.
Notre Saint-Père a rappelé, sans équivoque notre devoir d’être les saints de notre société. Il a rappelé l’incontournable nécessité de respecter la vie de son début à sa fin. Il nous envoie ainsi « aux croisées des chemins » inviter nos frères en humanité à la noce éternelle. Serons-nous ces disciples, en tenue de service, en robe de noce, capables de répondre à notre mission ?
Amen
Jean-Marie Blondel, diacre