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Mission en pays païen. (20ème dimanche année A)

            Voici Jésus qui se retire du côté de Tyr et de Sidon »… et c’est une femme qui « sort de ses frontières pour venir à Jésus ». Voilà ce que dit exactement le texte de Matthieu que la traduction liturgique trahit quelque peu en disant : « Jésus se retire dans la région de Tyr et de Sidon. »

            Car justement, Matthieu souligne que Jésus n’entre pas dans le territoire païen car comme il le déclare lui-même à la femme : « je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la Maison d’Israël ». St Matthieu écrit un évangile destiné aux juifs : Eusèbe de Césarée rapporte un texte de Papias écrit en 120 qui nous apprend : « Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia (= des paroles de Jésus) et chacun les interpréta comme il en était capable. » Une retroversion du texte de St Matthieu en araméen a montré qu’une partie de l’Evangile avait été écrite dans cette langue et avait été traduite ensuite en grec, traduction et augmentation du texte par Matthieu ou d’autres auteurs. St Matthieu veut montrer à ses frères israélites que Jésus est bien le Messie qui accomplit les Ecritures ( d’où les nombreuses références à l’Ancien Testament dans son texte) et il insiste sur la primauté donnée à la mission auprès des juifs par Jésus. La mission auprès des païens sera confiée par le maître aux apôtres après la Résurrection.

            Cette primauté a plusieurs raisons : montrer que le Seigneur qui a appelé Israël – l’élection – continue à le traiter comme « son fils aîné ». « Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » déclare St Paul dans l’épitre d’aujourd’hui ! Et dimanche dernier, il écrivait déjà dans l’épître aux Romains [1]: « j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ :ils sont en effet Israélites, ils ont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu ;ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen. ». Une autre raison est de rappeler aux païens que, comme dit Jésus, « le salut vient des juifs »[2] : ce que St Paul explicitera : les païens ont été greffés sur Israël pour hériter de la promesse faite à Abraham, de recevoir en lui toute bénédiction divine. C’est par greffe au Christ juif que les païens sont sauvés : « toi, olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches, et tu as part désormais à la sève que donne la racine de l’olivier. »[3]

            Cette greffe est annoncée aujourd’hui grâce à l’audace, la foi et la liberté de cette femme « venue des territoires païens » : elle demande, persiste dans sa demande, ne refuse pas l’idée que Jésus doit d’abord se consacrer à son peuple. Mais quand il affirme qu’il doit se consacrer à son peuple et « pas aux petits chiens » (atténuant ainsi la violence de cette manière juive de parler) que sont les païens, alors jaillit la réponse pleine d’humour et d’à propos : « mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres. ». Jésus admire et le dit avec force « ta foi est grande », sourit peut-être et accorde le salut pour la fille de cette femme. La mission auprès des païens est commencée.

 

[1] 9/1-5

[2] Jean 4

[3] Rm 11/17

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