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vendredi Saint

« Tout est accompli » : Le silence couvre la terre, les disciples sont dispersés, la foule est satisfaite, repue de haine, elle a eu sa part de sang…Le mal vient de se déchaîner contre l’amour, la violence vient de monter jusqu’à son paroxysme.  La haine gratuite vient de se défouler sur le doux agneau. 

La vindicte populaire a gagné. Le plus beau des enfants de l’homme pend lamentablement au bois de la croix, défiguré, méconnaissable. Le roi des rois accueilli comme tel lors de son entrée à Jérusalem par des « hosanna » joyeux et une grande liesse populaire vient d’être crucifié comme un esclave sous les cris de haine d’une foule excitée demandant son exécution. Celui qui a enseigné l’amour a été mis à mort par la haine. Celui qui se présentait comme le chemin, la vérité et la vie vient d’arriver au bout de son chemin en haut du Golgotha, sans vie parce qu’il avait dit la vérité et que le mensonge l’a crucifié.…

Le mal a-t-il triomphé ? Dieu est-il mort ? Ce cadavre pendant sur une croix est-il un symbole dérisoire d’une croyance ancienne ?... Certains aimeraient tant nous le faire croire...

Mais ce Christ en Croix couronné d’épines, pendant inerte au bois du supplice est tout autre chose. Et cette autre chose est notre cause de fierté car il est le concentré d’amour de Dieu, pour chacun d’entre-nous, qui se révèle concrètement aujourd’hui dans l’épreuve de la Passion.

Et pour sauver sa création, le Christ n’a pas simulé son épreuve ! Bien au contraire, comme l’annonçait Isaïe bien avant la venue de notre Rédempteur : « C'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé… C'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé… et c'est par ses blessures que nous sommes guéris… Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, a justifié les multitudes, il s’est chargé de nos péchés. »

Oui, pour nous sauver, Dieu n'a pas choisi de s’épargner lui-même… il s'est dépouillé, abaissé, comme dit saint Paul, jusqu'à prendre sur lui ce qui touche le plus intime de notre être même, notre souffrance et notre mort. Et c’est ainsi que : « Par ses blessures, nous sommes guéris »

Quel concentré de violence et de bassesses humaines que la Passion du Christ ! … mais aussi quel concentré d’amour ! ....

C’est pourquoi, la pierre qui va bientôt, être roulée devant le tombeau du crucifié va transformer la Grotte en écrin du bien le plus précieux de notre humanité : l’amour absolu, fou, éternel de Dieu pour chacun d’entre-nous.

 

Et c’est pour cela que nous sommes ici ce soir, venus adorer ce Christ en Croix couronné d’épines, pendant inerte au bois du supplice. Nous sommes ici face au mystère de sa Passion et de sa mort, face à l’ascension unique qui nous amène au plus haut sommet de l’amour… Le Christ est mort d’amour fou pour chacun d’entre-nous en nous apportant, en plus, le pardon.

 

« Aimer, » disait Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». En ce sens, la Passion de Jésus est l’expression suprême de son amour pour les hommes. Hier, en s’abaissant aux pieds de ses disciples prenant ainsi la condition d’esclave, il commençait son ascension d’amour. Aujourd’hui, il est l’agneau sans tâche que l’on mène à l’abattoir, et qui livre réellement le corps qu’il offrait sacramentellement la veille. Le chemin de croix est la mise en œuvre de l’Eucharistie institué le Jeudi Saint. Dans la crucifixion, Jésus s’offre pour nous.

 

Frères et sœurs, nous allons maintenant être invités à vénérer le Christ en Croix. Lors du face à face que nous allons vivre, offrons-lui nos tristesses, nos peines et nos souffrances : ses bras ouverts sont là pour nous soutenir, son cœur ouvert est là pour nous réconforter… Par sa Passion, le Christ n'est plus loin de nous dans nos épreuves. Éprouvé en tout, comme nous, excepté le péché, il peut compatir à toutes nos faiblesses et guérir toutes nos blessures. Il devient ainsi notre compagnon de souffrance soulageant nos épreuves et nos peines.

 

Plus nous saurons confier à l’Homme des douleurs nos pauvres existences, plus elles deviendront lieux de communion avec Lui.  Et quand nos pauvres vies, si touchées soient elles, deviennent rayonnantes de lumière, car elles communient à l’amour de Dieu, la mort est déjà vaincue en nous, nous devenons des vivants avant la mort.

 

Alors que nos yeux ne s'arrêtent plus au visage du crucifié, mais qu’ils soient éblouis par le Seigneur de Gloire au point d'attendre, toute notre vie, la joie du face à face éternel.

 

Amen

 

Diacre Jean-Marie Blondel

 

Ta Croix est notre Gloire, ô Seigneur Jésus Christ.
Par elle Tu nous sauves et nous ressuscitons.
En Toi est notre vie, en Toi notre salut.
Ta mort fait de tout homme un vivant qui voit Dieu. 

 

Toi l’arbre le plus noble où fleurit le salut.
O bois vêtu de pourpre, le Sang du Roi des rois.
La chair que tes bras porte est un fruit de douceur.
Un fruit qui donne vie par la résurrection. 

 

Nous chantons la victoire du Christ libérateur
Qui s’offre en sacrifice que l’autel de la croix.
Le Sang et l’Eau ruissellent de son côté ouvert
Ils purifient le monde et lui donne l’Esprit.

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