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16ème dimanche A

« Nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, intercède pour nous par des gémissements inexprimables … et il intercède selon Dieu pour les fidèles » Je voudrais un peu prolonger notre année sur la vie dans l’Esprit Saint et commentait ces quelques lignes de St Paul aux Romains.

 

         Nous ne savons pas prier comme il faut. Prier, si nous savons… nous savons prier comme des païens. Nous savons demander à Dieu de faire ce que nous souhaitons : avoir ses examens sans avoir fait tout ce qu’il fallait pour, prier pour que Dieu réalise les décisions pastorales qu’on a prises sans le consulter, quand ce ne sont pas des besoins plus élémentaires. Mais on intercède aussi pour des malades, des souffrants de cœur et de corps… La prière de demande nous est familière si nous laissons notre cœur s’exprimer… D’ailleurs le Seigneur nous invite à demander et « orare » en latin, veut dire demander !

 

         Reste la question : demander comme il faut. Et c’est vrai qu’il nous est parfois difficile de savoir ce qui est bon pour nous-même ou notre frère. Et puis nous ne savons pas le bien que Dieu peut faire sortir d’une situation difficile. Notre vue est à court terme, selon nos vues humaines… sans être capables d’imaginer même une nouveauté bénéfique ! 

         Une manière délicate, selon St Paul, est de s’en remettre à l’Esprit pour demander ce qui est bon pour celui pour lequel on prie, s’unir par l’Esprit Saint à ce que Dieu juge le meilleur pour la personne pour qui nous prions et par là s’unir à Dieu dans le Bien qu’il fait déjà maintenant pour elle… à la fin du chapitre Paul conclut avec force: « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. »

         Prier comme il faut, c’est aussi se taire devant Dieu. Le Père Stinissen carme, écrit : « Dieu est le Verbe et il est donc juste de parler de Lui et avec Lui, mais il est aussi Esprit, c’est pourquoi il est encore plus juste de se taire devant Lui… L’Esprit saint conduit le passage de la prière de la phase de réflexion, en pensée et en paroles, à la phase de contemplation dans le silence total.[1]» Nous concevons trop la prière sur le mode de réfléchir devant Dieu, lui parler, lui faire part de nos pensées … au point que nous oublions de l’écouter.  Un père jésuite me parlait d’une personne qui l’avait visité, s’était assise et avait parlé pendant 50 minutes puis se levant l’avait remercié : « Vous m’avez beaucoup aidé ». Le Père avouait amusé l’avoir reconduite puis, tout à coup, une parole fulgurante retentit en lui : « Tu sais, quand tu pries, tu fais pareil avec moi. »

         Ecouter, c’est se taire profondément, volontairement au début, se laisser enseigner sans savoir ce qui est enseigné et que je connaîtrai plus tard, en temps opportun. Telle attitude ou telle réponse me surprendra moi-même…c’est bien moi qui parlerai mais d’où me vient cette réponse ?

 

         Prier comme il faut, c’est aussi écouter le vent de l’Esprit qui œuvre en nous et qui s’exprime en gémissements indicibles. C’est ce que dit Jésus à Nicodème : « Le vent, tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va, Il en est de même pour celui qui est conduit par l’Esprit. » C’est pour cela, il faut écouter en soi, percevoir en soi grâce au silence, le vent insaisissable de l’Esprit qui m’anime et me conduit. »

         Et cela nous est très difficile : 

         - cela suppose que nos sentiments et nos émotions existent mais sont apaisées, libérées de noter repliement sur notre moi. 

         - C’est avoir appris dans le silence aride, que Dieu n’est pas « senti » comme les autres créatures… il est Créateur, au-delà de tout pensable ou saisissable !

         - C’est aussi avoir appris dans le silence aride à être présent totalement à l’instant présent et à ne plus fuir dans le passé ou le futur. Observez-vous quand vous êtes en voyage : à quoi faîtes-vous attention ? Au paysage, aux voisins, à ce que vous ressentez … ou parlez-vous de tout autre chose, absent du moment et du lieu !

         C’est ainsi que le silence nous prépare à pouvoir pressentir et découvrir en nous l’œuvre de l’Esprit.

 

         Il est vrai qu’en Occident, on se méfie des sensations et des sentiments. On les méprise, on les suspecte … ou alors, c’est son contraire, comme aujourd’hui, on les exalte outre mesure et on les excite de toutes manières… Mais pendant très longtemps, on a pensé que le meilleur moyen de les maîtriser était de les supprimer, de les anéantir en soi. « Ainsi lorsque nous travaillons et que nous pensons, notre horizon se réduit au champ des réflexions et des activités qui nous occupent.2 » Et comme nous ne sommes pas assez attentifs comme il faut à ce que nous ressentons et à qui se passe en nous ou autour de nous, toute une part de la réalité nous échappe. 

 

         Rappelez-vous le festin de Babette, cette nouvelle de Karen Blixen. « Nous ne verrons rien, nous ne sentirons rien, nous ne goûterons rien… nous ne dirons rien » se promettent les amis des 2 sœurs quand ils vont au repas de Babette. Quelle belle image des chrétiens occidentaux, façonnés par un ascétisme mal pensé, par le protestantisme et le jansénisme !

          Or, dans l’Evangile, quand il parle de l’Esprit, Jésus promet le jaillissement d’eau vive, le feu qui embrase, la joie qui envahit, le sentiment de plénitude, de force et de paix. Est-ce que nous nous abandonnons à ces sentiments quand ils nous habitent ? Les sentons-nous ? Dieu se donne et donne sa joie, sa paix et nous avons tué en nous tout moyen de les percevoir ! Au lieu de cela « nous faisons tout pour avoir la conscience en paix en analysant les situations, en les rationnalisant et en croyant ainsi en avoir le contrôle ». 3

         Heureusement, chez Babette, le clos Vougeot et le champagne ainsi que le bon repas ont eu raison de toutes ces précautions de bonnets de nuits tristes et fatigants… et, après l’épreuve du repas, ils chantent « Alleluia » et dansent dans la joie de l’Esprit, autour du puits.

 

         L’Esprit veut nous éduquer et nous devons nous laisser éduquer à un juste rapport avec nos sentiments et nos émotions. Ne pas les chercher pour elles-mêmes, ce qui est un piège, ou, encore moins, se les donner par des moyens artificiels comme c’est le cas aujourd’hui ! Mais sans les chercher aucunement, les accueillir en vérité quand Dieu les donne par son Esprit de joie et de jaillissement d’eau et de feu. 

         « Dieu, écrit encore le Père Stinissen veut remplir d’inspirations, d’attentions, de joie le grand vide que chacun porte en lui, comme un orphelin et étranger sur la terre… il nous inonde et nous le découvrons, si nous sommes attentifs à l’Esprit qui nous habite… Une foi qui est seulement l’acceptation théorique de la vérité révélée ne fleurit pas… Nous recevrons dit l’Evangile dans la mesure où nous aurons cru. Si nous attendons peu ou si nous nous protégeons, nous recevrons peu. »

 

         Seigneur accorde-nous de TE prier comme il faut dans l’Esprit Saint. Amen.

 

 

[1] Ecoute le vent souffler. Méditations sur le St Esprit Ed de Béatitudes 2016 p. 12

2 p.106 

3- p.108-109 et p. 110 et 111

Commentaires

  • Donne moi Seigneur de vivre
    Pleinement chaque instant ,
    En me mettant et remettant
    sans cesse
    Dans tes mains
    Dans l'aridité de la foi comme dans la joie puissante
    Et jaillissante ,
    Car ton Esprit est avec moi tous les jours jusqu'à la fin des temps !
    Et non seulement le jour de Résurrection ou de la
    Pentecôte...
    Donne moi ,malgré les difficultés et la fatigue,
    la patience humble car à long terme tu as
    De la suite dans les idées :
    Je le sais... comme l'écrit st Paul
    Tu veux tout faire concourir à mon bien ,à celui de l'Eglise et du monde.

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